Ce que j’ai perdu pour moi-même, à cause de cette maladie, j’essaie de le donner aux autres

Gérard, 64 ans, retraité depuis quatre ans, vit à Calais. Il a travaillé toute sa vie, malgré la maladie, diagnostiquée il y a dix ans.

Le diagnostic

J’ai commencé à travailler dans les abattoirs à l’âge de 23 ans, puis je suis parti dans le secteur du bâtiment, et ensuite j’ai travaillé dans le Tunnel sous la Manche. Cela ne m’a pas aidé, car dans le Tunnel, il y a beaucoup de pollution (gasoil, poussière…). J’étais très essoufflé, je souffrais de bronchites chroniques, mais cela ne m’inquiétait pas plus que cela. Et puis, un jour, la médecin remplaçante m’a envoyé consulter un pneumologue. J’ai fait des radios, des examens approfondis, etc. Résultat ? Il m’a annoncé que j’avais une BPCO et que j’étais déjà à un stade avancé. La médecine du travail m’a dit d’arrêter de travailler. C’était il y a 10 ans. J’ai refusé, j’ai décidé de continuer à travailler, mais je n’aurais pas dû, j’ai été bête. A l’époque, je n’avais pas le choix car j’avais deux jeunes enfants. En invalidité, on renonce à la moitié de notre salaire, je ne pouvais pas. Financièrement, c’est difficile… et moralement aussi.

L’accident

Un jour, il y a eu un problème dans le Tunnel. Quelqu’un a jeté sur la voie un morceau de bois. Cela a déclenché le système anti-feu. J’étais dans un train, j’en suis descendu. Je suis allé voir. J’ai eu tort, car j’ai respiré tout un tas de fumées toxiques. Le système anti-incendie venait de répandre 900 kilos de poudre. J’ai inhalé tout ça. J’ai été examiné à la clinique le lendemain. Ils m’ont dit d’arrêter de fumer, même si je fumais peu. J’ai eu une batterie d’examens, j’ai même cru que j’avais un cancer. Verdict : j’avais un emphysème pulmonaire, en plus de la BPCO.

Je suis allé voir. J’ai eu tort, car j’ai respiré tout un tas de fumées toxiques.

 

La prise de conscience

J’ai continué à fumer, mais un jour, la médecin m’a dit « Monsieur, je ne peux plus rien faire pour vous », cette phrase m’a fait réagir. J’ai arrêté de fumer. J’ai aussi cessé de travailler, c’était il y a quatre ans. J’ai fait deux réhabilitations à l’hôpital. Je suis venu voir l’association « Calais Respire ». Peu à peu, je suis devenu le coach sportif des adhérents de l’association. Avant, j’étais très sportif, j’étais instructeur en arts martiaux. J’avais un bon niveau, j’étais 3e dan en karaté. Ici, j’ai pu mettre à profit mon passé de sportif, en animant des séances de remise en forme, plusieurs fois par semaine, dans les locaux de « Calais Respire ». Ce que j’ai perdu pour moi-même, à cause de cette maladie, j’essaie de le donner aux autres.

la médecin m’a dit « Monsieur, je ne peux plus rien faire pour vous », cette phrase m’a fait réagir. J’ai arrêté de fumer.

Le quotidien

Ne plus pouvoir faire ce que je faisais avant, c’est le gros problème pour moi ! Je ne peux plus faire ce que j’avais l’habitude de faire : bricoler, jardiner, tailler une haie, soulever une charge, lever les bras en l’air… Le moral en prend un coup, c’est dur à gérer. La BPCO est une maladie invisible, les gens ne se rendent pas compte de ce que c’est. Parfois, je me heurte aux réactions de certaines personnes. Cela demande beaucoup de compréhension de la part de l’entourage. Et puis, je n’ai pas tout le temps envie de me justifier. Je prends sur moi, mais il ne faut pas me pousser. Parfois je me vexe ou je m’énerve. Ce n’est pas facile tous les jours. Il arrive que je me sente mal, pourtant je n’ai mal nulle part, c’est un état général. Je fais des efforts pour continuer à vivre normalement. Heureusement, mon fils Enzo, 14 ans, me comprend bien. Il voit quand je suis essoufflé et il me ménage. Cela m’aide beaucoup.

L’oxygène

Je porte l’appareil quasiment 18 heures par jour, depuis quatre ans. Quand je sors, je prends la bouteille d’oxygène, mais je l’utilise seulement en cas de besoin. Sinon, je ne m’en sers pas. Le regard des autres ? Je m’en fiche, mais c’est surtout par rapport à mon fils. Je n’ai pas envie qu’on me voit avec ma bouteille d’oxygène. Ce n’est pas évident à vivre.

L’avenir ?

Je vois l’avenir au jour le jour. Il n’y a pas de guérison de la BPCO, juste une stabilisation. Le cœur est une pompe qui se fatigue, l’oxygène permet de le soulager. Malheureusement, la BPCO est souvent diagnostiquée trop tard, car les médecins ne pensent pas d’emblée à cette pathologie. Ils pensent à la bronchite, mais pas à la BPCO. Dans mon cas, il y a eu presque trois ans de retard à l’allumage. J’étais essoufflé en permanence. Une fois que la BPCO est diagnostiquée, ce n’est que le point de départ… Il faut ensuite apprendre à vivre avec.

17-0708 – 05/06/2017 Boehringer ingelheim France SAS